ՀՈՎԵՐ Hover

 

Հով, hov c'est la brise. Mais dire que hov c'est la brise, c'est donner un mot pour un autre mot, dans une autre langue et réduire son sens. C'est que hov est plus que la brise. Ce souffle discret n'est pas encore vent, քամի qami, celui qui siffle à travers toit et fenêtre, parfois dans le calme parfois en rafale il arrache toit et maison. Hov c'est la brise discret, qui chuchote à travers les feuilles d'arbres, accompagne les mouvements d'eaux et caresse les champs montagneux de l'Arménie au printemps.

Ce mot re-vient dans des chants anciens, retranscrit par le moine Komitas et devient un appel, mais ces chants ne s'adressent pas aux հովեր hover, les brises, mais aux montagnes, au ciel et à l'eau. Ces chants, plein de tristesse demandent aux montagnes de faire de la brise, d'envoyer leur souffle vivant pour adoucir la souffrance du chanteur. Ces chants plein de tristesse demande au ciel d'envoyer le զհով zhov, souffle fraîche et humide d'avant pluie, de faire tomber de la pluie, pour que la pluie fasse une mer, que la mer lave la tristesse et l'amertume du chanteur et qu'au fil de l'eau elle amène des nouvelles du bien aimé.

Ces chants qui deviennent un appel, une adresse, faite aux montagnes, rochers, champs et eaux, eaux de la mer et eaux des fleuves qui coule avec langueur et calme. Un appel à se lever, à se dresser, à regarder pour voir, pour voir les souffrances du coeur du chanteur, qui sont aussi celle de toute un peuple, de son peuple, de tout un monde à travers le temps.

Hover c'est plus que les brises, plus que les vents léger. Sur la langue de celui à qui connaît ce mot, il devient un souffle, une adresse, une demande mais aussi un abri. C'est qu'en demandant aux montagnes d'envoyer un hov, celui qui appel espère de s'abriter հովին hovin. S'asseoir hovin, pourrait on dire, c'est de s'asseoir à l'ombre, mais ce n'est pas vraiment l'ombre, ստվեր stver, dont on parle ici, mais c'est un lieu, un lieu qui est un abri, à l'abri de l'aveuglant soleil du désert, dont les pieds nu de toute un peuple, qui marche au fil des jours, sur la terre brûlant, du sable broyé de toute vie, cherche, espère, demande aux montagnes une refuge. Parfois sans réponse. Le chant dit, les montagnes n'envoient pas la brise, ils n'allègent pas mes souffrances.

Hovin, est un refuge, non pas un lieu d'ombre, mais un lieu où il y a encore du souffle, du souffle vivant des montagnes familiers, les montagnes du monde de l'enfance, qui existe dans le souvenir de toute un peuple, dans le va et vient incessant des hover, des chants du berceau. Le déchirant appelle des hover, à traverse le profondeur du temps, appelle au retour. Rappelle ce qui a été perdu, ce qui reste, ce qui peut être perdu. Elle invite au sou-venir. A l'écoute de leur r-appelle, on peut s'asseoir hovin, sous les arbres, écouter les chantes de leur feuilles avec les hover, qui nous vient du profondeur du temps. Hovin, est le lieu où il y a encore le souffle vivant du souvenir du temps, un lieu où on peut se réfugier, et au printemps qui nous revient, repenser à ce que le monde est, des mondes, un autrui, une rencontre.

 Ludvig Sahakyan, janvier 2017, Lyon